Je voudrais, dans ce papier mensuel, vous parler de la formidable actualité de la pensée de René Dumont.

Né à Cambrai en 1904, il avait 10 ans lors de la déclaration de la première guerre et avait été frappé par ses horreurs. Les plus anciens d’entre nous se rappellent d’abord qu’il a été le premier candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974. Éternel pacifiste, défenseur de la cause des pays pauvres et de leurs citoyens, il a beaucoup écrit et publié 70 ouvrages jusqu’à sa mort, en 2001.

Ses livres frappent par leur étonnante actualité : ses affirmations d’il y a trente ans attestent chez cet homme une connaissance prédictive parfaite des problèmes que nous allions rencontrer au 21ème siècle. Certes sa formation d’agro l’a aidé dans sa compréhension des problèmes. Toute sa vie il a défendu l’agriculture, d’abord pour la rendre plus productive puis pour dénoncer les dérives de son industrialisation. Wikipédia conclut ainsi sa biographie : "C’était sûrement un humaniste de gauche, un mondialiste et certainement un altermondialiste".

Un de ses ouvrages-phare a, sans aucun doute, été "L’utopie ou la mort", publié en 1973. Il nous y explique pourquoi et comment notre société, internationale, doit pour sa survie, changer de modèle. Pour tout vous dire, je suis en train de lire ce livre et peut-être y reviendrai-je, plus tard, quand je l’aurai fini. 

L’auteur nous rappelle les 5 principaux constats du "Club de Rome" énoncés en 1972, dans son rapport "Les limites à la croissance" aussi connu sous le nom "Rapport Meadows" : industrialisation accélérée, croissance rapide de la population, très large étendue de la malnutrition, épuisement des ressources naturelles non renouvelables et enfin dégradation de l’environnement.

Les plus anciens d’entre nous se rappellent de l’accueil globalement peu chaleureux fait par le secteur dit "productif" aux experts du club de Rome. Ces rabat-joies osaient, en pleine "Trente Glorieuses", remettre en cause le credo dominant de la croissance

Lisant le livre dans le métro parisien, je sentais par dessus mon épaule le regard lecteur de ma voisine. Avant de quitter la rame, elle me lança : "Dites donc, c’est drôlement intéressant comme livre… Je me suis permise de lire en même temps que vous !". Trop jeune sûrement, elle ne connaissait pas René Dumont. M’entendant prononcer son nom, un autre voisin de transport réagit : "L’homme au pull-over rouge ! Je suis né l’année de sa candidature à la présidentielle". C’est bien que 46 ans après sa publication, le livre emporte encore l’adhésion de bon nombre d’entre nous !

 

Philippe DRUON, Président du CPIE Villes de l'Artois